Technique

Thursday, May 6, 2010

Quand la peine est nécessaire...


J'ai connu de grandes peines... Des peines qui prennent toute la place... Celles qui nous forcent à nous cacher dans notre plus grande "couvarte piquée", de mettre nos bas de laine et notre linge "pas beau mais confortable"... Les peines qui nous alourdissent, nous écrasent, nous volent de toutes les miettes d'énergie qu'on a d'emmagasinées dans notre corps...

Il y a eu des moments terribles. Des semaines au complet sans parler à personne. Des repas de boîte de blé d'inde pas réchauffé. Des soirées à vider des boîtes de Kleenex et à faire les cent pas dans la maison. Quand je pleure, il faut que je marche. Je marche de haut en bas, de long en large dans la maison - et j'arrête à chaque fenêtre - presque comme si je devais étendre les larmes partout. C'est un drôle de phénomène et je n'y peux rien, c'est comme ça que la peine se manifeste en moi.

Il y a eu des peines de petite fille...
Je me souviens d'avoir 8 ou 9 ans et d'avoir tué un de mes poissons rouges... j'étais en train de nettoyer son bocal et j'ai échappé le poisson dans l'évier. Ohhh... j'ai pleuré...j'ai laissé couler l'eau du robinet pour au moins 2 minutes !! Ce n'était pas de perdre le poisson qui me rendait triste, c'était de penser à son mal, à sa peur !! Il me semble que je le voyais se débattre dans les tuyaux! J'me suis cachée dans ma chambre et j'ai allumé un petit lampion que j'avais eu en cadeau...mon p'tit coeur était cassé - à 8 ans, c'était une grosse peine, ça!

Des peines d'adolescente...
Ou encore, le jour, à 17ans, que je suis rentrée à la maison pour apprendre que mon chien était parti. Comme moi, il avait 17 ans, mais il était très malade et mon père, dans toute sa bonne volonté, l'avait apporté chez le vétérinaire... Je n'avais pas eu la chance de lui dire "bye" (j'écris cette histoire-là et ya quelques larmes coulent sur mon clavier !!). Avant d'aller chez le vétérinaire, mon père était allé au service-au-volant chez McDonald pour offrir un hamburger à "Snicker" - son dernier repas. Quand j'pense à mon père dans son camion avec Snicker dans le siège du passager en train de manger son dernier hamburger...


Et puis il y a eu des peines bien plus profondes, et beaucoup plus difficiles... Des peines d'amour, des peines de vie, des peines d'amitié, des peines de projets, des peines de rêve...

Mais à chacune de ces peines, il y a toujours eu le moment où la pluie arrêtait de tomber. Le moment où le vent se calme, les muscles se détendent, les larmes arrêtent de couler. Et après ça, c'est l'arc-en-ciel... presque comme l'effet du 2e verre de vin (!!!)...on est engourdi un peu, mais on est bien. Juste bien. La tempête est passée.

La peine est nécessaire. Il y a une amie qui m'a récemment fait remarquer que les plus grandes peines réussissent à noyer les plus grosses bébittes. C'est vrai... La peine est nécessaire, elle fait partie du passage, de l'apprentissage et du nouveau départ.

Zachary Richard m'a écrit une chanson.
Avant qu'il me l'envoie, il m'a appelée, un samedi matin, pour qu'on en discute un peu. Il avait peur. Il s'était laissé aller dans la création et ce qui est était sorti, c'était une chanson triste... "une chanson noire", qu'il m'a dit.
Il m'a avoué qu'il avait peur que ce soit trop "sombre pour ton univers"... et moi, j'ai compris, tout de suite, sans aucune hésitation, qu'il n'avait pas du tout raison. La peine avait occupé toute la place assez souvent...je ne voyais aucun problème avec l'idée de la chanter, de chanter la peine. En fait, il me semblait que c'était tout à fait normal de le faire.

Quand Zachary m'a envoyé la chanson, j'ai trouvé que c'était tout sauf "noire". Je l'ai appelé pour lui dire que moi, je voyais tout plein de lumière dans cette chanson-là. Comme une bouée de sauvetage, comme un phare, comme le minuscule rayon de soleil derrière un gros nuage gris...

Quand je la chante, je me revois, enveloppée de ma grosse couvarte piquée, en bas de laine, en train de passer chacune des fenêtres de ma maison.. je me revois en train de laisser la peine prendre toute la place... je me revois, en train de danser ma peine.

5 comments:

  1. Ton texte m'a fait monté les larmes aux yeux... je suis tellement touchée par ce que tu ecris, je m'y reconnais... sauf que moi quand je pleure je ne marche pas, mais j'inonde mon pull...
    je crois qu'il faudra que je prévois les mouchoirs pour le 15, car je pense que l'emotion va être forte pour moi !

    ReplyDelete
  2. Mon Dieu Seigneur, Monique, j'peux pas croire que je n'ai pas visité ton blog avant!... C'est tout un témoignage de vie que tu partages... J'sais pas si tu réalises à quel point c'est une immense force de caractère de savoir et de pouvoir étaler ses états d'âme avec autant de simplicité, d'honnêteté, de générosité aussi... Merci et bonnes dernières journées de réflexion avant le "gros" spectacle... Sache que tout ce beau monde sera là pour t'entourer d'une ouate douce et épaisse d'ondes positives...
    Mireille H. xox

    ReplyDelete
  3. Ah my god Monique,j'en ai plein les larmes aux yeux,quel beau temoignage que tu partage avec tes amis.C'est vrai que dans la vie faut avoir de la peine et pleurer sa fait du bien,"comme mon pere nous disait ,des larmes d'or".Merci pour la belle pensee du jour,ca fait du bien de se retrouver dans notre enfance.Je serai la avec mes kleenex moi aussi samedi......Bon spectacle

    ReplyDelete
  4. Kler, Mireille et Irma,
    Merci pour les beaux messages...
    J'apprécie beaucoup ça - vous êtes fines !!!
    xx
    Monique

    ReplyDelete
  5. Francine GregoireMay 15, 2010 at 8:00 PM

    Chapeau Monique,
    j'arrive de ton spectacle, magnifique!!!..d'une chanson a l'autre, d'un texte a l'autre, tu nous a gardee en haleine toute la soiree
    .Tu es d'une candeur et d'une fraicheur a regarder et a ecouter, tu as su aussi nous montrer la puissance de ta voix avec la chanson de Gilles Vigneault et tant d'emotion dans celle de Kit Goguen..touotes les une apres les autres ont su venir me chercher...
    je souhaite longue vie a ta carriere, et comme j'aimerais un c.d. de toutes ces merveilleuses chansons que tu nous a si merveilleusement interpretees...
    Bravo..t'es une grand artiste, un super de talent..
    Merci de nous le partager
    Bonne carriere
    Francine Gregoire

    ReplyDelete